Karl releva la tête.
Tout le groupe faisait à présent cercle autour de lui, et il remarqua avec une certaine surprise que les capuchons étaient maintenant abaissé.
Il put alors comtempler pour la première fois le visage de l'Ours, qui d'ailleurs répondait fort bien à sa voix. Un visage à la machoire puissante, au crâne rond et légèrement dégarni de sa chevelure brûne, au teint un peu rougeaud...
Afaissé à terre comme il l'était, Karl prenait de même pleinement conscience de la carrure impressionante de l'homme dressé devant lui. « Il porte fort bien son nom », songea-t-il.
Se relevant péniblement, il laissa errer son regard sur les autres guerriers. Il reconnut la jeune femme qu'il avait secourue, nota la présence du Prince, remarqua une autre femme à l'apparence menue et à l'oeil vif qui étreignait un arc à double courbure, un autre homme s'appuyant sur une lance à large fer, et... un Fheel...
Les Fheels sont un peuple étrange qui vivent adossés aux montagnes au Sud de CastelBrume, dans le désert. Maintes légendes courent sur leur compte, comme quoi ils seraient capbales de dévoiler les pensées les plus secrètes, de disparaître à la vue des hommes comme des bêtes et de tuer sans faire usage de leurs mains...
Mais le plus troublant est encore leur apparence... Ils sont exceptionnellement grands, ont le teint d'une couleur proche du violet, et ont le visage labouré de scarifications rituelles...
Mais surtout, ils ne quittent presque jamais leur contrée. La première et dernière fois que Karl en avait vu un, il n'était encore qu'un jeune garde insouciant, et avait eu la chance de pouvoir voir l'un d'eux, en mission diplomatique auprès du Roi.
Aussi la présence d'un Fheel dans le groupe était-elle plutôt incongrue...
« Sieur Karl... »
L'interpellé sursauta en entendant la voix d'Eric, et pris conscience qu'il dévisageait le Fheel depuis un long moment. Il baissa promptement les yeux en rougissant...
« Je crois que des présentations seraient de bon aloi à présent, grommela l'Ours. Le Lion, combien de fois devrai-je te rappeler de ne pas appeler les membres du groupe par leur nom?! »
L'intéressé leva les yeux au ciel avec un sourire narquois : « Tu sais très bien, mon cher nounours, que j'ai le plus grand mal à me rappeler des règles qu'on m'impose – ce qui m'a valu maintes corrections de la part de mes précepteurs du reste! Mais j'essaierai de faire attention, je te le promet! »
L'Ours grommela une réplique sans doute cinglante mais que personne n'entendit, puis s'adressa à Karl :
« Toi, tu seras le Loup. Me demande pas pourquoi, le moment n'est pas venu de te l'expliquer. Mais dès maintenant et aussi longtemps que tu voyageras avec nous, tu ne connaîtras ni ne révélera d'autre nom que celui-ci. C'est primordial tu m'entends?! » Karl Acquiesca sans concession, vaguement intimidé par la force et l'autorité que dégageait l'Ours. « Bon, tu connais déjà le Lion, je n'ai pas fait mystère de son nom de route – et il ne fait guère mystère de son véritable nom, ajouta-t-il dans un grognement. La jeunette que tu avais rencontré, c'est le Serpent, le Fheel est le Dragon, le gaillard appuyé sur sa lance, là, c'est l'Aigle, et mon petit canari, là, c'est le faucon. Termina-t-il en souriant moqueusement.
Ledit « canari », qui s'avéra être la petite femme à l'Arc, darda immédiatement ses deux yeux sur lui et lui lança d'un air furibond : « Je t'ai déjà dit cent fois de ne pas m'appeler comme ça! Redis le encore une fois et tu vas le regretter!
-Mais oui mon petit, mais oui, je le regretterai sûrement, répondit l'Ours en feignant un air absent »
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« Ils sont tous roides mort, chef! »
Non loin de La Tour, la grande forteresse du royaume au Nord-Ouest de la Cité Sur l'Eau, une petite patrouille de soldats arborant la livrée du Prince Eric contemplaient les ruines d'un avant-poste situé peu avant les Terres Franches...
« Ceux qui ont fait ça ont jugé bon d'emporter leurs cadavres, pour peu qu'ils aient eu des pertes, commença leur chef de patrouille, l'air absent. Bah, cela ne leur a servi de rien. À voir comment ils ont tailladé les visages des hommes de la garnison, c'est on ne peut plus clairement signé. Ce sont des Orcs, c'est on ne peut plus certain... »
Il ordonna à ses hommes de remonter à cheval, et déclara « Rentrons vite à La Tour, CastelBrume doit être avertie au plus vite qu'une bande d'Orcs rôde dans les Terres Franches! Et c'est pas bon signe, je n'ai pas vu une seule de ces vermines dans le pays depuis vingt ans, et c'est encore moins dans leurs habitudes de s'attaquer à un avant poste solidement tenu plutôt qu'à une ferme prospère. Moirälh me prenne si ne n'est pas un coup de Rocombre! »
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La Tour est la plus puissante place forte du Royaume, après CastelBrume lui même. Situé dans les Plaines Ondoyantes, peu avant les terres Franches, elle a été bâtie il ya bien longtemps pour prévoir les incursions ennemies, qu'elles viennent de Rocombre ou des Terres Franches quand elles étaient encore habité.
La Tour était à l'origine une simple tour de garde, un puissant morceau de maçonnerie de cinq étages pouvant héberger en permanence une vingtaine d'hommes, puis elle a peu à peu été bardé de nouveaux ouvrages défensifs, jusqu'à devenir une vaste forteresse arborant trois enceintes de pierre rehaussées de fières tours et de bastions, et truffée de pièges mortels...
Aucun ennemi n'a jamais franchi la deuxième enceinte, et aucun n'a jamais posé le pied sur la première avant de longs mois de siège, avant d'être contraint à repartir par le manque de vivres ou par une violente contre attaque.
Avant peu, elle allait devoir remettre sa réputation en jeu...
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