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Castelbrume

Jeudi 11 janvier 2007 4 11 /01 /Jan /2007 15:04

    « Bon puisque le petit louveteau ne veut rien entendre je vais répéter pour la je-sais-pas-combientième fois pourquoi on ne peux pas débarquer directement à la Cité de l'Eau. »


Il ne l'avait pourtant dit qu'une seule fois, mais la patience de l'Ours était mise à rude épreuve... mal à l'aise sur le petit voilier sur lequel ils avaient embarqué à ******, Il se méfiait de l'équipage, dont il ne pensait pas avoir suffisamment acheté le silence en dépit de leurs vigoureuses promesses de discussion, et avait beaucoup de mal à supporter l'espace réduit de l'esquif. Il rongeait son frein en pestant qu'aucune escale ne soit prévue. En effet, il n'y avait et aucun port depuis ****** jusqu'au lac, et le courant était si fort qu'il était impossible d'accoster directement à terre. Et une fois sur lac, les berges étaient de toute façon trop lointaine et tenter de les atteindre aurait constitué une telle perte de temps qu'on gagnait plus à attendre d'être arrivé à la Cité ou un des deux ports situés sur les rives orientales et occidentales.


Son humeur rarement enjouée s'en trouvait donc encore plus mauvaise.


Il reprit ses explications d'une voix lasse, comme si cela ne le concernait pas, de cette même voix qu'on utilise pour expliquer pour la cinquième fois à un petit enfant pourquoi on lui refuse la fréquentation des voyous du village...


« La Cité de l'Eau c'est pas qu'une simple ville flottante. C'est aussi ici que siège le Prince des Plaines. Croyez donc pas qu'on y entre comme dans un moulin, les gardes du Lac arrêtent pas de patrouiller près des points d'appontage pour y contrôler les nouveaux venus. La plupart du temps y disent rien aux marchands ou à ceux qu'y connaissent de vue comme étant des habitants, mais pour peu qu'y croisent un gars qu'a l'air d'un mendiant ou d'un brigand, à plus forte raison sept gaillards tout encapuchonnés et armés jusqu'aux dents, -suivez mon regard- ils hésitent pas à leur mettre la main au col et à les embarquer pour interrogatoire, et tirent volontiers l'épée si on obéit pas assez vite à leur goût. Même en débarquant en des points différents, je crois pas qu'il sera besoin de définir un point de rendez vous, on se retrouvera tous sans erreur à la caserne, vous pouvez me croire!

-Mais, tenta de répliquer Karl, le Prince est avec... »

L'Ours ne lui laissa pas le loisir de terminer sa phrase. Il se jeta sur lui et le saisit à la gorge, le faisant taire aussitôt.

« Faudra-t-il que je le répète sans arrêt? Gronda-t-il à voix basse. On est un groupe un peu particulier, y a des règles à respecter et si on le fait pas on va tous dans le mur. »

Il le lâcha. Karl se laissa tomber sur le fond du bateau en respirant bruyamment. L'Ours lança un regard furibond aux deux marins curieux qui regardaient la scène et fit un pas vers eux. Ils repartirent aussitôt à leurs tâches sans demander leur reste.


L'Ours se retourna et fit face au groupe, installé sur le pont arrière, et dit d'une voix menaçante :

« Le prochain qui se risque à parler un peu trop, et surtout en public, sur l'identité d'un d'entre nous je me contente pas de l'étrangler brièvement pour qu'il se taise je le rosse jusqu'à ce qu'y puisse plus tenir à quatre pattes. C'est clair ça? »


Personne n'osant lui rétorquer quoi que ce fût et ayant suffisamment donné libre cours à sa mauvaise humeur, il s'en retourna arpenter le navire en pestant contre les remous qui manquaient chaque fois de peu de le jeter au sol


***************************


Il régnait une effervescence inhabituelle dans le port Nord-Est du lac. Les pontons étaient encombrés de navires, pour la plupart en train d'appareiller pour la Cité dangereusement bondés de passagers, et grouillaient d'une foule hétéroclite d'hommes, de femmes, d'enfants, d'animaux, et de soldats qui tentaient tant bien que mal de contrôler les bateaux en partance pour la Cité, si bien qu'ils ne prêtaient guère d'attention à ceux qui au contraire accostait.


Aussi le groupe n'eut-il aucune difficulté à débarquer.

Par Shadowsoul - Publié dans : Castelbrume
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Vendredi 22 décembre 2006 5 22 /12 /Déc /2006 12:29



Ils revinrent...


Trois jours durant, La Tour résista victorieusement aux hordes qui se brisaient sur ses murailles inébranlables...


Le lendemain du premier assaut, ils tentèrent de prendre la première enceinte à l'aide d'échelles de siège. Ils étaient peut être deux fois plus nombreux que lors de leur première attaque, mais les défenseurs n'eurent aucune difficulté à les repousser, les échelles étant peu solides et mal conçues...


Le deuxième jour, la ruée fut d'une violence inouïe. Des trolls des montagnes jetaient d'énormes rochers jusqu'aux remparts, où les projectiles semaient la panique et la mort... de nombreux archers sillonnaient maintenant les rangs ennemis, accablant de flèches les défenseurs de la forteresse. Les pertes causées par les flèches, javelines et pierres de La Tour étaient effroyables, mais elles étaient si peu de choses au vu du nombre d'ennemis qui s'étendait à ses pieds que ces derniers ne s'en émouvaient pas. L'attaque ne cessa qu'à la tombée de la nuit, quand des sons de centaines de cors retentirent au loin, au delà du camp des hordes de Rocombre. L'espoir insensé se répandit un moment parmi les assiégés que les montagnards Markmenhs étaient venus leur prêter main forte, mais les cris et les chants de joies barbares qui montèrent des rangs ennemis tandis qu'ils se repliaient en bon ordre y mirent promptement fin...


Le troisième jour, la déferlante fut trop forte...


Les soldats eurent un instant l'espoir de réussir à repousser l'assaut comme les précédents, et y parvinrent de fait tant qu'il ne s'agit que de rejeter les échelles qui s'alignaient le long des remparts. Mais la situation fut différente...

Des nuées de Gnolls s'étaient également lancés dans la bataille. N'ayant cure des échelles, ils escaladaient les hauts murs à mains nues, et bientôt chaque soldat dut faire à la fois face à une dizaine de ces pestes agressives et aux Orcs et gobelins qui continuaient de se déverser sur les remparts. Les échelles furent de plus en plus négligées par les défenseurs, qui commençaient à faiblir face à tant d'adversaires.


Soudain, l'espoir revint.


Sa grande épée, nue et étincelante sous le soleil, brandie avec toute sa férocité, Bestin le Noir parcouraient la première enceinte. Partout où il venait, les soldats reprenaient espoir et l'ennemi était fauché comme le blé. Peu à peu, les défenseurs de La Tour semblèrent reprendre la situation en main, les coups de l'ennemi parurent de plus en plus dérisoire, comme des coups de poings d'enfant en colère sur un mur de pierre, face à la rage du Capitaine Noir.


Mais cela ne dura qu'un temps.


Quelque part sur les remparts, à l'opposé de l'endroit où se battaient à ce moment le Capitaine une échelle parvint à trouver un appui, à grands renfort de flèches et de roc jetés par les attaquants.


Le premier combattant qui posa le pied sur le mur était un être de taille humaine, entièrement couvert d'une puissante armure noire et brandissant une cruelle épée. Il tua à lui seul cinq des soldats qui le défièrent, avant que la vague d'Orcs qui le suivaient ne rende la mêlée trop chaotique pour suivre ce qui se passait.


Dès que Bestin eut connaissance de la défaillance de ses hommes, il se porta avec ses meilleurs hommes d'armes à la rencontre de l'ennemi pour rejeter l'ennemi hors des murs.


Les deux groupes non loin des deux bastions qui défendaient la Porte de la première enceinte. 


Mais ils ne se jetèrent point l'un sur l'autre...


Tous s'arrêtèrent brusquement... En tête de chaque groupe se trouvait son champion.

Et les hommes les plus vaillants se trouvèrent mals à l'aise en regardant le face à face des deux silouhettes sombres, toutes deux vêtues d'un noir abyssal et brandissant de longues épées...

Celui qu'on appelait Le Corbeau, l'Ombre, le Paladin parfois, le champion des armées de Rocombre faisait enfin face à Bestin, le Capitaine Noir, l'invaincu défenseur de La Tour... Ils se fixèrent sans bouger pendant un instant qui parut une éternité, chacun attendant que l'autre engage le combat...

Mais finalement, ils se ruèrent l'un sur l'autre exactment au même instant.

La violence du duel qui s'engagea était telle que d'un côté comme de l'autre, ceux qui les observaient en oublièrent de se battre, fascinés par le furieux combat ces deux ombres mortelle... Ils entrechoquaient si fort leurs lames brûlantes qu'il en jaillissait des étincelles, et le choc était si puissant qu'il en blessait presque les oreilles des spectateurs...

Les deux adversaires semblaient de même force, et on eût pu songer que leur combat ne cesserait finalement que par une mise à mort mutuelle, chacun abaissant sa garde au même instant. Mais les Soldats de la Tour les plus avertis ne s'y trompèrent pas. Un détail les alarmait; le Corbeau semblait laisser son adversaire mener le jeu, et repoussait plus ou moins facilement ses assauts, mais ce faisant; Il riait!  D'un rire grave et profond, comme venu de profondeurs de la terre, qui jetait une ombre sur les coeurs mais laissait croire qu'il s'amusait follement... se laissait-il emporter par la joie d'avoir rencontré un adversaire à sa taille?

Ou se gaussait-il de lui?

La réponse se dévoila vite. Après une botte de Bestin qui faillit briser la garde du Corbeau, ce dernier contre-attaqua brutalement. Il ne riait plus, et cette fois il suait la haine, si perceptiblement qu'elle enténébra plus encore le coeur des hommes d'armes qui sentirent peu à peu une effroyable peur se distiller dans leurs veines, plus lancinante que le plus sournois des poisons...
Bestin, surpris par la violence de cet assaut, ne put que se maintenir sur la défensive, et commença à reculer de plus en plus, contrant à grand peine les coups de son ennemi.

Finalement il perdit l'équilibre après avoir encaissé un formidable coup de taille avec sa lame, qui tomba à ses pieds.

Il se retrouva à terre, et avant d'avoir pu faire quoi que ce soit, un pied cuirassé de fer obscur écrasa sa gorge.

"Tu ne peux rien contre la Fureur, misérable sot!" lui murmura le Paladin de sa voix d'outre-tombe, avant de lui transpercer la poitrine de la pointe de sa lame, perçant son coeur...

Ce fut le signal de la débandade. La peur explosa comme un terrible brasier dans le coeur des soldats de la Tour, qui commencèrent à se refluer en désordre vers la seconde enceinte, certains si terrorisés qu'ils tirèrent l'épée contre leurs propres camarades...
Par Shadowsoul - Publié dans : Castelbrume
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Jeudi 16 novembre 2006 4 16 /11 /Nov /2006 11:37

Le vent chassa les nuages, dévoilant une pleine Lune étincelante.


La nuit était calme. Sur les puissants remparts de La Tour, rien ne bougeait, hormis les quelques gardes qui patrouillaient en silence, torche à la main, se saluant de la main lorsqu'ils se croisaient.


Pourtant, la tension était à son comble.


Chaque maison et chaque cour était encombrée de vivres, d'animaux, de réfugiés fuyant l'avance ennemie, trouvant à grand'peine de la place. Chaque baraquement, chaque tour était bondé d'hommes en armes. Les uns déjà terrassés par le sommeil, les autres incapables de le trouver, anxieux... et ceux qui parvenaient à dormir avaient le sommeil agité...


Car tous savaient qu'une puissante horde s'avançait dans la nuit.


Sur la première enceinte, deux hommes marchaient, la clarté de la Lune projetant leur ombre sur la pierre. L'un était tout de noir vêtu. Ils parlaient à voix basse...


« Nous avons reçu moins d'aide que nous ne l'escomptions, Capitaine.

-C'est à dire?

-Seulement une cinquantaine d'hommes parmi les réfugiés ont accepté de prendre les armes, les autres ont refusé de quitter leurs familles. Il y a en outre une vingtaine d'hommes issus des gardes de quelques villages voisins qui sont venus nous prêter main-forte. De bons soldats, certes, mais ils sont bien trop peu...

-Peu importe, les vivres dureront plus longtemps si nous avons moins de bouches à nourrir.

-Et les réfugiés?

-Nous les nourrirons aussi bien sûr... vous en doutiez?

-Mais ils ne prendront aucune part au combat! Ce sont des bouches inutiles! Nous aurons dû les renvoyer!

-Et où seraient-ils allés? A la Cité de l'eau? Les gardes du Lac ont une peur bleue des réfugiés. Pour eux ce ne sont que pillards et vauriens. Ils les auraient laissé pourrir aux portes des ports, même si toute l'armée de Rocombre était derrière eux, plutôt que de les laisser poser un pied sur les Pontons de la Cité. Et vous vous trompez, ils pourront nous être fort utiles même s'ils ne combattent pas, nous ne pouvons pas nous passer de bras armés pour éteindre des incendies ou renflouer les carquois, eux pourront fort bien s'en charger. Ce serait la moindre des choses. Mais baste, combien de temps pouvons nous tenir?

-Ma foi nous avons bien des vivres pour tout le monde pour deux mois, le puit est comble, et nous avons malgré tout assez d'hommes pour garnir les remparts... mais je doute fort que nous puissions longtemps tenir la première enceinte. L'ennemi est fort, et nous avons trop peu d'hommes pour bien la garder...

-Alors nous la perdrons, répliqua tranquillement Bestin, mais la seconde ne tombera pas. »

Son compagnon afficha une moue sceptique, mais son supérieur l'ignora.


Le son du tocsin troubla soudain la sérénité de la forteresse. La Lune s'était voilée, la plongeant dans les ténèbres...


Du haut du Donjon, on pouvait voir au loin une marée de lueurs de torches affluer. Ce ne fut d'abord qu'une ligne indistincte sur l'horizon, puis elle s'étala peu à peu dans la pleine, laissant deviner malgré l'obscurité le nombre qui s'avançait dans la nuit.


La Place forte grouillait maintenant d'activité, l'air s'emplit de cris; d'hommes, de soldats, d'animaux effrayé; de pleurs d'enfants, de cliquetis de métal, d'ordres brefs. Les remparts et les tours se comblèrent d'hommes en armes, les feux de nombreux foyers et torches tentèrent de percer les ténèbres.


Au loin, la plaine qui s'étendait aux pieds de la fière forteresse était maintenant couverte des lueurs de l'armée de Rocombre en marche. Ce fut une rumeur indistincte qui parvint la première aux murs, un son angoissant de métal entrechoqué, de voix rauques, de hurlements inhumains... sur les remparts, les hommes murmuraient terrifiés que des démons habités par les esprits destructeurs venaient les anéantir...


La rumeur alla en s'amplifiant, et devint bientôt vacarme. La forteresse était silencieuse à présent. Elle attendait, droite et silencieuse, mais tous ses membres tendus, comme un chasseur qui attend la charge d'un fauve.


Le vacarme se calma quand l'armée de Rocombre fit halte, d'un seul bloc, presque à portée des engins de jet de La Tour, assez près pour que de bons yeux puissent distinguer les flammes danser sur le métal des armes grossières.


Il passa un instant avant que le tonnerre ne se déchaîne de nouveau, sous la forme d'un chant de guerre barbare, braillé plus que chanté par toutes les gorges répugnantes de l'armée des immondes créatures, dans une langue inconnue; gutturale et violente. Il devint de plus en plus fort, de plus en plus violent, jusqu'à ce que sur les remparts, certains hommes soient si pris de terreur qu'ils tombèrent sur leurs genoux en lâchant leurs armes et en gémissant, se bouchant les oreilles comme si elles les brûlaient, tandis que les plus courageux et les plus aguerris sentaient un doute s'immiscer dans leurs coeurs...


Au terme d'une dernière note, les créatures poussèrent de concert un effroyable hurlement, et se ruèrent enfin en avant en scandant ce qui semblait être un nom...


« Boutez leur le feu!! »


Dès que l'ordre commença à courir sur les remparts, le feu de La Tour se déchaîna. De chaque mur, de chaque tour, de chaque bastion jaillirent des volées de flèches enflammées; cependant que les engins de jet installés sur les murs de la deuxième enceinte vomirent un déluge de traits et de roches.


La grêle mortelle s'abattit dans les rangs ennemis. Plusieurs créatures prirent feu, devenant des torches vivantes, offrant aux assiégés le spectacle de véritables feux follets sur la terre ferme. D'énormes pierres broyaient des corps, et parfois continuaient après le premier choc leur course mortelle en fauchant d'autres vies et laissant un sillon de corps désarticulés derrière eux.


Mais cela ralentit à peine la marée de créatures, qui continuait sa ruée vers les puissants murs

Cependant, quand ils furent arrivés assez près des murs pour que leur odeur répugnante agresse les narines des défenseurs, leur élan se trouva brisé. Nombre d'entre eux sentirent le sol se dérober sous leurs pieds, et ils furent précipités dans des fosses hérissées de pieux aux pointes durcies au feu, qu'avaient creusées les hommes de la forteresse depuis peu en prévision de l'attaque. Ceux qui venaient après eux, emportés par leur élan, les suivirent jusque dans ces étranges tombes. La nuit résonna de leurs cris de souffrance. Ceux qui parvenaient à éviter les pièges devaient faire de tels détours et étaient si ralentis que malgré l'obscurité ils étaient flèchés sans difficultés par les archers. Comme la vague qui monte à l'assaut de la plage, la marée ennemie, après sa ruée première, ralentit, hésita, se brisa...


Puis reflua.

Des cris de joie jaillissaient à présent des murs en même temps que les projectiles... les créatures reculaient, gênant d'abord ceux qui arrivaient derrière eux qui commencèrent par les injurier dans leur langue barbare, mais quand ils eurent vu assez des leurs tombèrent devant leurs yeux, le corps percé d'une flèche ou écrasés par un rocher, ils reculèrent également.


La horde ennemie reculait bientôt en désordre.


Sur les remparts de La Tour, le Capitaine Bestin circulait dans les rangs en faisant taire les cris de joies sur son passage, sa voix dénuée d'émotion égrenant la même sinistre prophétie...

« Ils vont revenir... »


La Lune réapparut, comme si elle ne s'était voilée que pour s'épargner la vue de ce carnage...

Par Shadowsoul - Publié dans : Castelbrume
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Lundi 30 octobre 2006 1 30 /10 /Oct /2006 14:02
«Quelle est la situation? »
Bestin le Noir était Capitaine de La Tour depuis près de vingt ans. C’était un homme des plaines typique  : grand, élancé, avec une abondante crinière de cheveux blonds, et des yeux d’un noir pénétrant.
Il avait gagné à la pointe de l’épée une telle renommée qu’il était connu et craint d’un bout à l’autre du Royaume, et bien au-delà de ses frontières.
Le peu d’hommes qui avaient survécu a sa lame le décrivaient comme un véritable démon, allant tout vêtu de noir sans autre protection qu’un vieux bouclier de bois et ses bottes de cuir, taillant la chair de sa grande épée avec la précision et la froideur d’un boucher. Personne n’était jamais parvenu à le blesser, ni même à trouver une faille dans son escrime. Personne ne l’avait jamais vu pleurer, rire ou même froncer le sourcil… Il glaçait le sang de ses propres hommes, auxquels la crainte inspirait une loyauté inébranlable. On chuchotait qu’il avait à lui seul occis plus de mille hommes, et qu’il était immortel, ce qui semblait se confirmer par le fait que malgré toutes les années  qui avaient passé sur son front, il gardait toujours le même visage et jamais la vigueur  de son bras ne s’était démentie.

Le jeune soldat sentit un frisson lui glacer l’échine.
« Nos éclaireurs confirment les dires de la patrouille revenue il y a peu. Il y a bel et bien une troupe dans les terres franches… » Il hésita, mais son supérieur lui fit signe de continuer. « d’après le rapport, il s’agirait d’une horde forte de plusieurs dizaines de milliers de créatures…
-C’est-à-dire? Demanda froidement Bestin.
L’homme d’armes avala sa salive…
- Nos hommes ne se sont point approchés suffisamment pour en être sûr,  mais ils sont à peu près certains d’avoir vu des orques et des trolls des montagnes, et croient avoir distingué des bannières gobelines… et d’autres inconnues dont-ils n’ont point le souvenir…
- Où sont-ils?
- Nos éclaireurs les ont aperçu non loin des ruines de Castellaltier… à présent ils devraient être à deux jours de marche  de nos murs
-C ela suffira. » répondit le Capitaine avant de le congédier.
 Le soldat  ne se fit pas prier.
Puis il donna quelques prompts ordres aux hommes qui se tenaient à ses côtés. Seuls ceux qui le connaissaient de longues dates remarquèrent que  ses doigts s’étaient resserrés sur la poignée de son épée, à en faire blanchir les jointures, et que ses yeux avaient une expression différente.
Bestin le Noir anticipait avec plaisir le combat à venir…

***************************

« Aurions nous reçu l’aide d’un allié inattendu? » Karl regardait avec incrédulité le charnier qui s’étendait autour de la vieille tour en ruine. Ou qu’aille le regard, ce n’était  que corps lacérés, broyés, suppliciés, déchiquetés des pitoyables créatures.
« C’est pas le moment de te parler de ça, le louveteau. grommela l’Ours. On t’expliquera en temps utile »
Un rien agacé, Karl s’éloigna et alla examiner les gnolls morts. C’est alors qu’il prit conscience que quelque chose clochait. Nombre d’entre eux portaient des blessures de griffes… très semblables, en fait, à celles qui tourmentaient à présent l’Ours.
La vue de deux gnolls lui apporta la réponse. Ils étaient fermement enlacés, ruisselants de sang, chacun ayant profondément planté ses griffes dans le corps de l’autre.
« ils se sont entretués?? Karl n’en croyait pas ses yeux. Ces créatures sont parmi les plus soudées qui soient! C’est inconcevable qu’elles se soient mises à s’entretuer alors qu’elles s’en prenaient à un intrus sur leur territoire!! il se tourna vers l’Ours.  Qu’Est-ce que cela veut dire?!
- Je croyais t’avoir dit qu’on t ‘expliquerait plus tard. Alors n’insiste pas pour tout savoir maintenant, je peux encore changer d’avis. Maintenant, allez tous dormir et qu’on ne me parle plus de cette histoire!
- Je ne dormirais pas tant que vous ne m’aurez pas dit ce qui se trame ici! Dites moi ce qui est arrivé aux gnolls sans quoi pas un de vous ne pourra fermer l’œil! »
Pour appuyer ses dires, il heurta bruyamment son épée contre son bouclier. et recommença. Coups après coups, sur un rythme de plus en plus rapide…
Enfin, lassé, l’ours marcha vers lui en boitant et lui lança son énorme poing dans les côtes.  Karl s’écroula à terre en suffoquant.
« Je pourrai aussi bien t’assommer pour que tu nous fiche la paix mais j’ai une bien meilleure idée. Serpent! »
La jeune femme aux cheveux noirs s’avança, intriguée.
« Emmène le louveteau  dans un coin  tranquille et explique-lui ce qui te concerne! »
Elle en resta interdite. Elle le regarda droit dans les yeux, comme si elle le suppliait, mais ne reçut qu’un  «Foutre! vas-y donc!» tonitruant.

Elle s’approcha de Karl qui se relevait à grand‘peine, le prit par la main et l’emmena au dehors.
Ils marchèrent jusqu’au couvert de la forêt, sans toutefois perdre la tour de vue. Karl ne savait pas à quoi s’en tenir… il gardait sa main crispée sur la poignée de son épée, prêt à toute éventualité.
Du moins le croyait-il.
Mais rien de ce qu’il craignait n’arriva.
Au contraire, la jeune femme se retourna soudainement vers lui et l’embrassa à pleine bouche.
Stupéfait, il recula en trébuchant jusqu’à heurter brutalement le tronc d’un arbre, totalement à sa merci.
Lorsqu’elle cessa  enfin son baiser, elle s’approcha de son oreille, et lui murmura, très doucement…
« C’est moi qui ai tué le Roi Bergald »

Laissant Karl complètement hébété par ce double choc, elle se recula promptement, et s’assit tranquillement en tailleur à quelques pas de lui.

Elle lui avait subtilisé son épée.

C’est à ce moment que Karl s’aperçut qu’elle l’avait enchaîné à l’arbre. Deux cercles de fer liés entre eux entamaient ses poignets, lui interdisant tout déplacement.

La surprise de ces instants passée, il se mit à se débattre comme un forcené, puis à injurier la jeune femme et hurler les pires jurons qu’il connaissait… celle-ci, indifférente à ce flot de colère, le regardait avec une expression étrange, à la fois moqueuse et suppliante.

Il finit par se calmer.

Baissant la tête, il lui demanda simplement, d’une voix brisée :
« Pourquoi? »
Elle prit son temps avant de répondre.
« Parce que  je devais le faire. Elle laissa passer un moment de silence, puis reprit d’un air curieusement absent; comme si tout ceci ne la concernait pas vraiment. Le Roi n’était plus vraiment ce qu’il avais été. Toi, qui était le Capitaine de sa garde personnelle, n‘avais tu rien remarqué d‘étrange, d‘inhabituel dans son comportement?
Karl ne voyait pas où elle voulait en venir et n’avait d’ailleurs guère envie d’y réfléchir. Il fit pourtant l’effort d’essayer de se rappeler ses dernières journées au Castel.
« Chaque nuit, il faisait des cauchemars… il hurlait… c’était horrible à entendre, on eût dit qu’il était face à toute la terreur du monde acharnée sur sa seule personne…. au départ, nous nous précipitions tous dans sa chambre, craignant  un attentat à sa vie, mais  chaque fois nous le trouvions assis sur le bords de son lit, trempé de sueur, parfois la tête entre les mains, à nous dire « ce n’est rien, rien qu’un mauvais rêves… » Avec le temps nous avons fini par ne plus y prêter attention et à attendre qu’il cesse de hurler et se rendormir…
- Je parle de quelque chose d’un peu plus intriguant que ses mauvais rêves, répondit la jeune femme; même s’ils font aussi partie de ce que je veux te faire comprendre. N’avais-t-il pas pris de décisions… curieuses ses derniers temps? »
Karl hésita avant de répliquer « Je n’ai point à juger les décisions de mon Roi. Je ne puis que lui donner conseil quand il me vient une idée qui puisse enrichir sa réflexion sur son sujet d’intérêt
- Épargne moi ce discours de couard! Tu as ton propre esprit non? Tu es capable d’avoir ton opinion sur les actes ou les idées des autres? Alors fais un effort! Je vais même t’aider tiens… Penses donc à La Tour et à Castelbrume… Il y a un lien entre les deux… »
Karl releva la tête.
- Le Roi voulait donner son congé à la garnison de La Tour! Et remplacer la Garde de CastelBrume par des miliciens issus de la population!
Elle sourit.
- Voilà ce que je voulais dire. Une telle décision aurait considérablement appauvri les défense des deux meilleurs places fortes du Royaume, non?
- Il me semble…
- Non, tu en es certain. Tes pensées sont moins soumises à ton Roi que tu ne voudrais me le faire croire, Karl!  Tu savais que cette décision était une pure folie, surtout que sans La Tour nous perdons le principal rempart contre les invasions par l’Ouest, qu’elles viennent des montagnards ou de Rocombre! Le Roi était encore jeune, plein de vie et de santé, et s’était distingué pendant tout son règne pour sa sagesse en totue chose, qu’il s’agisse de la guerre ou de la paix. Jamais il n’aurait pris à la légère une décision aussi inconsciente!
- Qu’es tu en train de dire?
- Que l’esprit du Roi a été corrompu.
Karl en resta bouche bée.
- Corrompu? Comment? Enfin… par quoi et par qui??
- Rocombre, certainement. Comment, je n’en sais fichtre rien, mais même en supposant que cela avait une cause naturelle, cela faisait du Roi la pire arme dont l’ennemi dispose contre nous. Si nous l’avions laissé agir, il aurait tellement affaibli le Royaume que nous aurions été défaits en quelques semaines par la première attaque. Elle marqua une pause, puis repris : C’est pour cela que j’ai dû le tuer, parce qu’il ne représentait plus l’autorité et la force du Royaume, mais une menace mortelle… »
Karl n’en croyait pas ses oreilles. Quoi qu’en dise la meurtrière qui se tenait devant lui, il n’aurait jamais au castel  envisagé cela sous cet angle, lié qu‘il était par son serment d‘obéissance. Et à présent, force lui était d’avouer que ce raisonnement était l’évidence même…
«  Serpent… »
L’interpellée fronça les sourcils.
« puisque l’Ours n’est pas avec nous, j’aimerais autant que tu m’appelle Sara. Est-ce que je me suis souciée de t’appeler le Loup, moi??
- Sara, peux tu me détacher à présent? Tu as eu parfaitement raison d’agir ainsi… je m’en rend compte à présent. Le Roi, vivant, aurait détruit le Royaume sans s’en rendre compte… tu peux me détacher… je ne tenterais rien contre toi, ni contre les autres… »
Elle se leva, et un instant plus tard, les cercles de fer revenait à leur place, à sa ceinture, tandis que Karl remettait son épée au fourreau
Il se massa les poignets, profondément marqués de rouge, pendant un moment, et dit :
« Puisque nous en sommes aux explications, pourrais tu me dire ce que nous faisons tous ensemble? »
Sara répondit simplement : « Nous allons définitivement briser la puissance de Rocombre »
Elle posa un doigt sur la bouche de Karl pour l’empêcher de parler encore. « j’en ai déjà plus dit que j’en avais le droit. L’Ours est un homme de parole, il t’expliquera tout quand il jugera le moment opportun, mais tu dois être patient. »
Par Shadowsoul - Publié dans : Castelbrume
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Mercredi 20 septembre 2006 3 20 /09 /Sep /2006 16:22

Karl releva la tête.

Tout le groupe faisait à présent cercle autour de lui, et il remarqua avec une certaine surprise que les capuchons étaient maintenant abaissé.


Il put alors comtempler pour la première fois le visage de l'Ours, qui d'ailleurs répondait fort bien à sa voix. Un visage à la machoire puissante, au crâne rond et légèrement dégarni de sa chevelure brûne, au teint un peu rougeaud...


Afaissé à terre comme il l'était, Karl prenait de même pleinement conscience de la carrure impressionante de l'homme dressé devant lui. « Il porte fort bien son nom », songea-t-il.


Se relevant péniblement, il laissa errer son regard sur les autres guerriers. Il reconnut la jeune femme qu'il avait secourue, nota la présence du Prince, remarqua une autre femme à l'apparence menue et à l'oeil vif qui étreignait un arc à double courbure, un autre homme s'appuyant sur une lance à large fer, et... un Fheel...


Les Fheels sont un peuple étrange qui vivent adossés aux montagnes au Sud de CastelBrume, dans le désert. Maintes légendes courent sur leur compte, comme quoi ils seraient capbales de dévoiler les pensées les plus secrètes, de disparaître à la vue des hommes comme des bêtes et de tuer sans faire usage de leurs mains...

Mais le plus troublant est encore leur apparence... Ils sont exceptionnellement grands, ont le teint d'une couleur proche du violet, et ont le visage labouré de scarifications rituelles...


Mais surtout, ils ne quittent presque jamais leur contrée. La première et dernière fois que Karl en avait vu un, il n'était encore qu'un jeune garde insouciant, et avait eu la chance de pouvoir voir l'un d'eux, en mission diplomatique auprès du Roi.


Aussi la présence d'un Fheel dans le groupe était-elle plutôt incongrue...


« Sieur Karl... »


L'interpellé sursauta en entendant la voix d'Eric, et pris conscience qu'il dévisageait le Fheel depuis un long moment. Il baissa promptement les yeux en rougissant...


« Je crois que des présentations seraient de bon aloi à présent, grommela l'Ours. Le Lion, combien de fois devrai-je te rappeler de ne pas appeler les membres du groupe par leur nom?! »

L'intéressé leva les yeux au ciel avec un sourire narquois : « Tu sais très bien, mon cher nounours, que j'ai le plus grand mal à me rappeler des règles qu'on m'impose – ce qui m'a valu maintes corrections de la part de mes précepteurs du reste! Mais j'essaierai de faire attention, je te le promet! »


L'Ours grommela une réplique sans doute cinglante mais que personne n'entendit, puis s'adressa à Karl :

« Toi, tu seras le Loup. Me demande pas pourquoi, le moment n'est pas venu de te l'expliquer. Mais dès maintenant et aussi longtemps que tu voyageras avec nous, tu ne connaîtras ni ne révélera d'autre nom que celui-ci. C'est primordial tu m'entends?! » Karl Acquiesca sans concession, vaguement intimidé par la force et l'autorité que dégageait l'Ours. « Bon, tu connais déjà le Lion, je n'ai pas fait mystère de son nom de route – et il ne fait guère mystère de son véritable nom, ajouta-t-il dans un grognement. La jeunette que tu avais rencontré, c'est le Serpent, le Fheel est le Dragon, le gaillard appuyé sur sa lance, là, c'est l'Aigle, et mon petit canari, là, c'est le faucon. Termina-t-il en souriant moqueusement.

Ledit « canari », qui s'avéra être la petite femme à l'Arc, darda immédiatement ses deux yeux sur lui et lui lança d'un air furibond : « Je t'ai déjà dit cent fois de ne pas m'appeler comme ça! Redis le encore une fois et tu vas le regretter! 

-Mais oui mon petit, mais oui, je le regretterai sûrement, répondit l'Ours en feignant un air absent »


***************************


« Ils sont tous roides mort, chef! »


Non loin de La Tour, la grande forteresse du royaume au Nord-Ouest de la Cité Sur l'Eau, une petite patrouille de soldats arborant la livrée du Prince Eric contemplaient les ruines d'un avant-poste situé peu avant les Terres Franches...


« Ceux qui ont fait ça ont jugé bon d'emporter leurs cadavres, pour peu qu'ils aient eu des pertes, commença leur chef de patrouille, l'air absent. Bah, cela ne leur a servi de rien. À voir comment ils ont tailladé les visages des hommes de la garnison, c'est on ne peut plus clairement signé. Ce sont des Orcs, c'est on ne peut plus certain... »


Il ordonna à ses hommes de remonter à cheval, et déclara « Rentrons vite à La Tour, CastelBrume doit être avertie au plus vite qu'une bande d'Orcs rôde dans les Terres Franches! Et c'est pas bon signe, je n'ai pas vu une seule de ces vermines dans le pays depuis vingt ans, et c'est encore moins dans leurs habitudes de s'attaquer à un avant poste solidement tenu plutôt qu'à une ferme prospère. Moirälh me prenne si ne n'est pas un coup de Rocombre! »


***************************


La Tour est la plus puissante place forte du Royaume, après CastelBrume lui même. Situé dans les Plaines Ondoyantes, peu avant les terres Franches, elle a été bâtie il ya bien longtemps pour prévoir les incursions ennemies, qu'elles viennent de Rocombre ou des Terres Franches quand elles étaient encore habité.


La Tour était à l'origine une simple tour de garde, un puissant morceau de maçonnerie de cinq étages pouvant héberger en permanence une vingtaine d'hommes, puis elle a peu à peu été bardé de nouveaux ouvrages défensifs, jusqu'à devenir une vaste forteresse arborant trois enceintes de pierre rehaussées de fières tours et de bastions, et truffée de pièges mortels...


Aucun ennemi n'a jamais franchi la deuxième enceinte, et aucun n'a jamais posé le pied sur la première avant de longs mois de siège, avant d'être contraint à repartir par le manque de vivres ou par une violente contre attaque.


Avant peu, elle allait devoir remettre sa réputation en jeu...

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Mercredi 20 septembre 2006 3 20 /09 /Sep /2006 14:57

La Religion de Castelbrume.


Le peuple du Royaume de Castelbrume est animiste, c'est-à-dire qu’il croient non en des divinités (malgré une contradiction que nous élucideront plus tard), mais en des esprits qui sont plus des forces, imprégnant chaque chose du monde, chaque pierre, chaque bête, chaque feuille d’un arbre, chaque cendre chaude, que de véritables entités. Elles ont cependant leurs noms et leurs fonctions propres.


Ces esprits sont divisés en quatre grande catégories (cinq, pour être très précis, mais la cinquième est un peu à part) basées sur les quatre éléments, chacune et subdivisées en familles comme suit :

-1 esprit majeur, qui commande à tous les autres de son élément

-1 esprit mineur, ils n’ont pas de rôle bien défini, mais ils Sont, font partie intégrante du Monde, même s’ils n’ont pas une grande incidence sur lui. En fait ils constituent même la majeure partie de l’essence du Monde, même s’ils ne font guère que subir la volonté des esprits les plus puissants qui s’appuient souvent sur lui pour augmenter la leur.

-1 esprit vital : Ils sont ceux sans qui toute vie est impossible, car ils créent les conditions qui lui sont nécessaires. Cependant ils ne créent pas la vie, ils ne font que la favoriser.

-1 Esprit destructeur ; redoutés de toutes les créatures vivantes, les esprits destructeurs n’existent que pour essayer de bouleverser l’équilibre Elémentaire. Ils sont à l’origine des séismes, des tempêtes, des éruptions, des raz de marée, en bref de tous les déchaînement de la mer de la terre et du ciel. Cependant leur puissance n’est rien comparée à celle des esprits majeurs, qui parviennent toujours à les contenir au bout du compte.


Enfin, il existe deux esprits à part (la « cinquième catégorie ») L’un est l’esprit de la vie. Il mêle les essances vitales des quatre élements pour la créer, et maintient ensuite leur cohésion. Cette tâche est cependant difficile, et au moindre relâchement surviennent maladies et difformités. L’autre est l’esprit de la mort, qui le moment venu, chasse la vie puis sépare les essences vitales, qui retournent au Cycle de la vie.


Voici les différents esprits, classés par élément et par rôle :


La Terre :

Esprit Majeur : Mâtähl

Esprit mineur : Sable

Esprit vital : Argile

Esprit destructeur : Sahasam


L’Eau :


Esprit Majeur : Equälh

Esprit mineur : Source

Esprit vital : Torrent

Esprit destructeur : Razmarh


L’Air :


Esprit Majeur : Arälh

Esprit mineur : Néant

Esprit vital : Brise

Esprit destructeur : Ouros


Le Feu :


Esprit Majeur : Magälh

Esprit mineur : Braise

Esprit vital : Foyer

Esprit destructeur : Gehen


(Maître de la Vie : Barälh)

(Maître de la Mort : Moirälh)


On raconte que le Monde est né de la Grande Lutte, un combat à mort entre les quatre esprits majeurs, qui créèrent leurs subordonnés pour prendre l’avantage sur leurs antagonistes. Mais leur lutte, loin d’être destructrice, les mena à la création. Lors de leurs batailles acharnées, leurs pouvoirs se matérialisèrent en eau, en terre, en air en feu, puis le tout s’ordonna, des montagnes jaillirent, des océans se formèrent, le vent souffla, et un jour lors d’un de leurs affrontements, ils s’arrêtèrent brusquement en voyant ce qu’ils avaient créé par leur combat. Il se prirent d’amour pour leur création et cessèrent aussitôt de se battre, et unirent leurs forces pour l’embellir et l’améliorer.


Désormais ils sont en paix les uns avec les autres, et la sérénité du Monde dépend de cet équilibre. On craint cependant qu’un jour ils ne reprennent les armes, et ce sera alors la fin de ce Monde, mais probablement la création d’un autre.


On ignore cependant ce que sont Barälh et Moirälh. L’hypothèse coure qu’ils ont toujours été, et que la création du Monde a seulement été l’occasion pour eux de se révéler au Grand jour. Les partisans de cette thèse les placent donc dans les esprits majeurs, ce qui explique la terminaison de leur nom, réservée à cette catégorie.


Il y aussi une croyance largement répandue dans le petit peuple (et la soldatesque qui en est issue), comme quoi les esprits majeur (y compris ceux de la vie et de la mort) seraient issu d’un sur-esprit, complaisamment qualifié de Dieu. On le dit omniscient, et aussi prétend-on qu’il a en toute connaissance de cause provoqué le combat entre les esprits majeurs, puis les a forcé à le cesser. On dit qu’il est la force la plus puissante de l’univers, et que les quatre esprit destructeurs réunis ne pourraient rien contre lui.


L’élite du Royaume considère en revanche que ce n’est qu’une fable que le petit peuple a inventé pour se simplifier la vie.


En ce qui concerne le culte, la religion n’est pas très contraignante. On considère que les esprits ne sont que des forces et des volontés, qui ne peuvent s’entendre qu’entre elles, et que par conséquent il est inutile de leur adresser des prières. On ne peut qu’interpréter leur volonté en lisant dans les éléments, et très rarement les influencer, ce qui est la tâche du Sage, un homme ou une femme souvent âgé qui se trouve dans chaque village et a la science des choses cachées. Mais il n’existe pas de temples et de religion écrite ou imposée. On prétend que c’est aussi pour cette raison que le peuple a émis l’hypothèse de l’existence de Dieu : elle leur permet de se rassurer, d’avoir un puissant au dessus de tous à qui adresser leurs prières, et à maudire en cas de malheur...

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Mardi 29 août 2006 2 29 /08 /Août /2006 22:03

Chapitre 4 : L'Ours


« On s'arrête là! »


A la grand surprise de Karl, celui qui venait de donner cet ordre n'était pas le Prince, mais le grand gaillard à la voix bourrue qui, à la taverne, avait manifesté le plus de méfiance à son égard.

Il avait également constaté que pendant toute la route qu'ils avaient parcouru dans la journée, c'était lui qui avait ouvert la marche, et également lui qui avait repoussé sans ménagement les rares demandes de pause.

Bien sûr, c'était peut être un simple guide, et tout homme sage sait qu'il a intérêt à obéir sans concession à un guide quand il traverse une contrée qu'il ne connaît pas. Mais il y avait autre chose...

En fait, depuis le début, tout se passait comme si c'était lui et non le Prince Eric qui dirigeait la compagnie, y compris sa manière de prendre la parole le premier pour répondre à la jeune femme qui leur avait présenté Karl, et ce sur un ton autoritaire et catégorique...


Ces pensées avaient tournoyé dans la tête du garde pendant toute la marche, et il n'était parvenu à aucune conclusion qui le satisfasse.

Il était néanmoins soulagé de la pause et accueillit avec joie l'occasion de poser son paquetage -en tant que membre du groupe il avait dû se charger d'une partie de leur fardeau-, de manger un morceau et certainement prendre un peu de sommeil. Il ne doutait pas en effet en voyant le Soleil couchant que cette pause serait définitive, et qu'on ne reprendrait pas la route avant le lendemain.


De fait, on mangea, on but, mais de sommeil, point. Car le présumé guide, après avoir englouti sa maigre ration, il fit réunir le groupe en rabrouant ceux qui avait commencé à dérouler leurs couvertures et entama de sa voix grave:

« Désolé mais on ne dort pas ici. Je connais bien ce coin, la nuit ce coin grouille de gnolls et au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, nous sommes dans une clairière, très encaissé en outre. On fait des cibles trop faciles, je veux pas prendre un tel risque

-Que fait-on alors? Demanda une voix que Karl ne connaissait pas encore.

-On continue à marcher. Je connais un coin idéal, si on se dépêche, on peut y arriver avant la tombée de la nuit, mais va falloir presser le pas, c'est pour ça que je vous ai fait reposer un peu. Sinon, pas la moitié d'entre vous n'aurait tenu le choc, ajouta-t-il d'un ton moqueur. Alors maintenant bande de feignasses, vous ramassez vos bardas et on se remet en route! »


Personne ne se le fit répéter deux fois. Nul en ces contrées n'ignoraient ce qu'étaient les gnolls, créatures nocturnes apparentées aux grenouilles, capable de manier des armes grossièrement conçues et défendant farouchement leur territoire contre tout envahisseur. Ils n'étaient guère grands, à peine la hauteur du genoux d'un homme adulte, mais ils étaient extrêmement agressifs et tenaces, et allaient toujours en bande fort nombreuses.

Ils avaient certes besoin d'eau pour survivre, mais la région étant bien irriguée, ce n'était pas un problème...


Il y eut quelques gémissements lorsque certains se redressèrent sur leurs pieds meurtris ou jetèrent leur lourd paquetage sur l'épaule, mais guère plus. Le groupe se remit en route à grand train suivant aveuglément le guide qui marchait gaillardement du pas sûr d'un homme qui connait la région.


Les derniers rayons venaient juste de disparaître lorsqu'ils débouchèrent sur une vaste clairière au milieu de laquelle trônaient les ruines d'une vieille tour de garde, au sommet d'une colline rocailleuse.


Ils la rejoignirent rapidement et s'installèrent au rez de chaussé dont ils barricadèrent consciencieusement la seule entrée. Cela fait, le guide parla à nouveau :

« Ce soir nous avons une chance de cocus!Il n'y a pas un nuage et nous avons un fier clair de lune. J'irais même jsuq'à dire qu'on y verrait moins bien en plein jour! Je veux donc un volontaire pour prendre le premier tour de garde . S'il voit quoi que ce soit qui remue autour de notre perchoir, il me réveille immédiatement et on avisera. » Il fouilla l'énorme sac qu'il portait en bandoulière et en tira un sablier qu'il éleva à la vue de tous. « Le premier tour de garde prendra fin lorsque le dernier grain de sable se sera écoulé. Des questions? »

Nul ne pipa mot.

« Parfait! Le Lion, tu es volontaire! »

Karl mit un petit moment avant de s'apercevoir qu'il parlait ainsi au Prince. Il ne fut pas tout de suite surpris de la façon dont il l'avait interpellé, car il avait un tout autre sujet de préoccupation : même un rustre complètement imbu de lui même, le plus grossier des guides, n'aurait osé s'adresser ainsi au Prince héritier du Royaume de Castelbrume. Cela le confirma dans ses soupçons que ce n'était pas Eric qui menait le groupe, et plus encore quand il vit que ce dernier n'émettait pas la moindre protestation et s'engageait sur l'étroit escalier en colimaçon menant à l'étage supérieur...


Un baillement parvint à ses oreilles et lui rappela cruellement qu'il n'avait pas fermé l'oeil depuis un bon moment. Il prit donc le parti d'oublier un peu toutes ces bêtises et s'enveloppa dans sa couverture, tâchant de trouver le sommeil magré la pierre aigüe qui lui rentrait dans le dos...


 ***************************


Il fut réveillé par une paire de claques.


Une forme était penchée sur lui, le secouant en lui chuchotant avec insistance de se réveiller.


Encore trop ensommeillé pour se poser des questions, Karl se redressa sur ses coudes et se frotta les yeux. Le guide, qui l'avait réveillé, était en train de secouer pareillement les autres formes enveloppées dans leurs couvertures...

Après un bref instant d'hébétitude, Karl comprit la situation. Un danger les menaçait.

Il chassa les dernières volutes de sommeil obscurcissant son esprit, se releva promptement, se saisit de son épée et de son bouclier et se tint prêt.

Le guide leur exposa rapidement la situation:

« Les gnolls ont l'air de nous avoir repérés. Le Lion Dit qu'ils sont en train d'encercler la tour. Peut être qu'ils se méfient simplement et qu'ils ne se doutent pas encore de notre présence ici, mais ça ne saurait tarder. Surveillez toutes les ouvertures, ces saloperies grimpent partout. Je veux quatre personnes en haut, les autres ici. N'ayez aucune pitié, elles n'en méritent pas! »


Nulle autre parole n'était nécessaire. Chacun se saisit de ses armes -qui, nota Karl au passage, étaient très diverses- et choisit un poste. Karl resta au rez de chaussé avec le guide et un autre homme, tandis que trois silouhettes encapuchonées rejoignirent le Prince à l'étage. Puis le silence se fit...


Karl risqua un oeil par une meurtrière...


De petites formes aux jambes arquées progressaient à pas maladroits mais prudents dans l'herbe de la clairière. Certaines trainaient des armes grossières, pour la plupart de simples racines, mais étant donné la longueur de leurs griffes, ils n'en avaient guère besoin...


Le garde n'eut pas le loisir de prolonger son examen.


Une poigne de fer le saisit par le cou et le rejeta sans douceur en arrière.

Karl se retrouva à terre et étouffa un cri. Le guide, une énorme hache d'armes reposant sur son épaule, lui faisait maintenant face:

« T'approches pas des fenètres, bougre d'âne! Grommela-t-il d'une voix étouffée dissimulant à grand'peine une certaine inquiétude. Tu ne sais pas que les gnolls voient la nuit mieux qu'en plein jour?  Tu vas nous faire repérer»


Karl se le tint pour dit et resta tranquille, pour autant qu'on puisse être tranquille lorsqu'on est retranché dans une tour en ruine avec une poignée d'hommes et assiégé par une multitude d'ennemis.


Les minutes qui suivirent furent interminables...


Enfin, le guide chuchota un ordre bref.


La corde d'un arc chanta, et un sifflement plaintif suivi d'un cri rauque d'agonie se fit entendre.

Au dehors, ce qui ressemblait à des cris de rage parvint aux oreilles de Karl


Les instants qui suivirent furent chaotiques. Les gnolls étaient partout. Ils parvenaient même à se glisser par les meurtrières, et bientôt leurs cadavres jonchaient le sol de pierres de la tour.

Karl se battait comme un automate, relevant et abaissant inlassablement son épée en un mouvement mécanique, levant parfois son bouclier pour parer un coup de griffes ou de massue. Il ne pensait plus à rien, sinon à survivre, et bientôt il ne pensa plus qu'à tuer... Il pateaugeait dans le sang et les corps des ennemis gisant à terre... il ne savait même plus si le sang qui tachait ses vêtements étaiet celui des gnolls ou le sien... Il n'en avait cure... Il tuait, tuait comme une machine infernale, il tuait comme s'il l'avait fait tout sa vie ainsi et comme si ce combat ne s'arrêterait jamais...


Pourtant, à un moment, il reprit conscience...


Sa furie meutrière s'apaisa un peu quand il entendu un puissant cri de rage et de douleur.


Le Guide était à terre. Sa hache, inutile, gisait sur le sol, hors de portée de sa main, et une nuée de gnolls s'acharnait sur lui, qui s'était roulé en boule pour protéger son visage et son ventre, et ripostait faiblement à coups de pieds... mais un coup de gourdin lui avait brisé la jambe, lui arrachant ce cri...


Karl se jeta sur la grappe de gnolls, en tua deux d'un coup de taille et repoussa les autres à coups de pieds.

Il tint les autres en respects, tandis que le guide se relevait péniblement et tentait d'atteindre sa hache.


Puis, enfin, au bout d'un court instant d'une ultime mêlée fuerieuse qui lui parut une éternité; Karl pourfendit le dernier gnoll encore debout.


Un nombre effroyable de cadavres des immondes batraciens l'entourait, mais il n'y en avait plus trace d'un vivant.


Il soupira, rengaina son épée souillée de sang sans même prendre la peine de l'essuyer et se laissa tomber sur le sol; épuisé...


Les autres les rejoignirent, visiblement épuisés eux aussi. Le guide, d'appuyant sur sa hache pour soutenir sa jambe blessée; pris la parole, d'une voix essouflée :

« Une belle leçon qu'on leur a donné là... reviendront pas d'sitôt... Bravo les gars! Si vou pouviez nettoyer un peu c'bazar maintenant... qu'on puisse respirer à l'aise »

Tandis que ceux qui avaient encore un peu de force dans les bras commençaient de jeter les corps des gnolls, il se dirigea en boitant vers Karl, qui leva les yeux vers lui :

« Je crois que t'as assez fait tes preuves, le nouveau... »

L'interpellé ne répondit rien... Il avait appris en temps que Garde de CastelBrume quand se taire quand quelqu'un habitué à commander s'adressait à vous.

« Désormais tu peux m'appeler l'Ours. »

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Mardi 22 août 2006 2 22 /08 /Août /2006 13:17

Le combat qui s'engagea était assez surprenant à regarder...

Karl mettait à profit sa longue expérience des champs de bataille pour parer les coups de son adversaire, mais il ne comprenait pas sa manière de se battre. Le Prince se battait en escrimeur, pas en bagarreur. Sa façon de bouger, de maintenir constamment sa garde, trahissait les innombrables heures passées à s'entraîner dans une salle avec un maître d'armes émérite. Aucun mouvement de trop, aucune imperfection dans ses bottes. Karl, lui, comptait sur l'intimidation pour lui faire baisser sa garde, et pour cela, attaquait violemment, prenant des risques apparemment inconsidérés, tout en poussant des cris de rage. Mais son adversaire présentait un calme et un sang froid déstabilisant. Il était si maître de lui, si imperturbable, qu'on eût dit qu'il n'était point en train de faire quelque chose de plus dangereux que de tailler sa plume avant d'apposer sa signature sur un document...

 

En somme, c’était deux styles de combats tout à fait différents qui s’affrontaient là. Bretteur contre guerrier. La technique enseignée contre l’expérience acquise sur le tas... Il est vrai cependant qu’à voir le style parfaitement maîtrisé du Prince, n’importe qui lui eût donné la victoire...

Karl s'acharna longtemps contre lui, mais finit, épuisé, par perdre l'équilibre. Il chuta lourdement dans la boue. Après avoir vainement tenté de se relever, il resta prostré à terre, la tête baissée, ses longs cheveux noirs lui cachant le visage.

Le Prince Eric s'approcha lentement de lui et demanda d'un ton enjoué:

« Hé bien ! Vous abandonnez ? »

Il n’obtint pas de réponse. Surpris, il fronça les sourcils, vaguement inquiet. Il se rapprocha encore de son adversaire à terre, se pencha, et demanda :        

« Sieur Karl ? Vous allez b... »

Le contact froid d’une lame sur sa gorge lui coupa la parole.

Du visage masqué par les cheveux en bataille, une voix moqueuse se fit entendre :

« Prince Eric, vous avez perdu ce duel ! »

 

Il en tomba à la renverse, et après être resté un instant bouche bée dans la boue, il éclata de rire...

« Ma foi ! Vous m’avez eu, je l’avoue ! Merci de m’avoir rappelé que combattre ne se limite pas à agiter une épée ! Enfin, je crois que sans votre petite astuce, vous auriez été contraint d’abandonner... »

Karl se releva difficilement en s’appuyant sur son épée, et écarta ses mèches de son visage, laissant apparaître un sourire étrange...

« En êtes vous bien sûr, monseigneur ? »

De la pointe de sa lame il désigna le torse de son vis-à-vis.

 

Une longue estafilade rouge de sang déchirait la chemise du Prince...

 

Ce dernier blêmit...

 

« Quand avez-vous... je n’ai point baissé ma garde une seule fois ! 

-Si fait, seulement à ce moment vous étiez occupé à m’assener la plus belle botte que j’ai vue de ma vie, et étiez si absorbé par votre art que vous avez plus pris garde à briser ce qui semblait n’être de ma part que pure défense que vous n’avez point prêté attention à une de mes parades qui avait porté plus loin que prévu ! 

-Alors je dois avouer que vous avez gagné... Mais vous auriez pu vous déclarer vainqueur dès lors...

-Vous étiez tellement concentré sur votre attaque que vous ne vous étiez pas rendu compte que vous étiez blessé, et j’aurais eu ma foi l’air fort ridicule si j’avais soudain baissé mon arme et crié : « stop ! on ne joue plus vous avez perdu, regardez !» n’est-ce pas ? »

Le Prince Eric se releva  et s’épousseta pensivement. Il n'avait pas ri à la boutade de Karl et semblait pensif... il déclara:

« Pouvez-vous me laissez un instant m’entretenir avec ma compagnie ? J’ai quelque chose dont je voudrais leur faire part.

-Faites je vous en prie, répondit Karl en remettant son épée au fourreau. Si vous me cherchez, je vous attendrai à la taverne »

 

 ***************************

 

Il n’attendit pas longtemps. Le Prince entra dans la salle sombre, suivi de deux de ses compagnons, et lui fit signe de le suivre. Karl obtempéra et ils se retrouvèrent à nouveau dehors.

Le prince tenait un paquet de cuir assez volumineux, solidement fermé par une chaîne cadenassée.

« Savez vous ce qu’est ceci Sieur Karl ?

-Non mais je suppose que vous allez m’en faire part.

-Seulement si vous acceptez ce que j’ai à vous proposer...

-Dites toujours...

-Je suis actuellement en voyage. Ces gens sont mon escorte, d’excellents combattants qui ne me sont liés que par une loyauté indéfectible. Je voudrais que vous en fassiez partie... bien entendu, poursuivit-il après un petit moment d’hésitation, j’enverrais une missive à CastelBrume pour avertir de ce que vous êtes devenu. Je suppose que les Hommes du Roi n’auront nulle objection à ce qu’un d’entre eux partent de la Citadelle pour servir d’escorte au Prince héritier ? »

Il n’y avait pas d’hésitation à avoir. Si Karl voulait en savoir plus sur le meurtre du Roi et sur les raisons qui pouvaient avoir poussés le Prince à y être impliqué, il ne pouvait qu’accepter.

« Je vous suivrai, mon Prince... »

Un large sourire détendit les traits de ce dernier.

« Appelez moi Eric ! Voilà qui parfait ! Je vais donc pouvoir vous montrer ce que cache ce paquet »

 

Il décadenassa rapidement ledit paquet, et sortit du sac de cuir ce qui s’avérait être un bouclier.

 

A première vue un bouclier tout à fait banal... De forme ronde, convexe, manifestement en bois mais renforcé à outrance de barres métalliques, et munis en l’intérieur de deux lanières de cuir pour le tenir.

 

Ce qui frappa Karl, ce fut la sculpture qui ornait la partie centrale du bouclier.

Une tête de loup. Fort stylisée... l’œuvre d’un forgeron ou d’un orfèvre émérite...

 

Maintenant qu’il y pensait, Karl n’avait-il pas à plusieurs reprises entendu la jeune femme à l’épée et ses compagnons parler de Loup ?

 

Quoi qu’il en soit, pourquoi une telle protection pour un bouclier ?

 

« Qu’est-ce ? S’enquit-il sans plus de manières, trop perplexe pour y mettre plus de forme

-Comment cela ? S’étonna Eric. Ma foi, c’est un bouclier, me semble-t-il ! »

 

Karl comprit ce que sa question avait d’incongru et se sentit rougir....

 

Percevant sa gêne, Eric sourit avant de poursuivre : « je comprends ce que vous voulez dire, mais nous n’avons point le temps de parler plus que cela pour le moment. Nous avons une longue route à parcourir, et ce n’est point en perdant notre temps dans ce hameau miteux que nous avancerons ! Prenez ce bouclier, Sieur Karl, je vous l’offre. Faites en bon usage ! 

-Mais... je ne... que suis-je censé en faire ?

-Morbleu ! Ce à quoi sert un bouclier, non ?

-J’entends mais...

-Allons, cessez de poser de telles questions, vous vous faites passer pour plus fat que vous ne l’êtes ! »

Le groupe se mit en route. Karl soupira, de plus en plus désappointé, chargea le bouclier sur son épaule et leur emboîta le pas.

 

Cette affaire prenait une tournure des plus mystérieuses...

Par Shadowsoul - Publié dans : Castelbrume
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